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mardi 29 mars 2011

Libye - 6000 morts avant l'intervention ?

6000 morts depuis le début des révoltes en Libye. Voilà le nombre de victimes annoncé le 2 mars. Indignation internationale et ainsi accélération du processus vers l'intervention. Tous les journaux ont repris ce chiffre sans s'interroger sur la source. D'où vient cette information « statistique » ?


Dans un précédent article, "Le front des images et les bombardements sur Benghazi", nous nous demandions déjà comment aucune image de « bombardements intensifs » n'était disponible et comment Benghazi semblait intact malgré les frappes. Ici, concernant cette répression féroce, très peu d'images sont arrivées jusque dans les rédactions des grands médias. Quelques vidéos prises dans les hôpitaux ont certes montré qu'il y avait eu une répression sanglante dans différentes villes de Libye. Mais de là à voir des milliers de morts et encore plus de blessés, rien.

Lors des bombardements sur Gaza en janvier 2009, les Gazaouis qui vivent pourtant dans des conditions matérielles difficiles ont pu diffuser des images des bombardements, des bâtiments détruits et des nombreuses victimes, 2000 en quelques semaines. La Libye est le pays le plus développé de l'Afrique du Nord et l'un des plus riches de toute l'Afrique. Comment n'ont-ils pas pu se servir d'appareils photos, de caméras ou de téléphones portables pour montrer à l'Occident l'ampleur des massacres ?

En fait, ces « 6000 morts » reposent sur une unique déclaration reprise en boucle dans tous les médias. Personne ne s'est intéressé à la légitimité de la personne qui avait déclaré ce chiffre. L'information a été donné par Ali Zeidan. Ce Libyen est présenté comme le « porte parole de la Ligue libyenne des Droits de l'homme » ou sur plus de 100 sites internet anglophones comme « the head », directeur ou président. Pourtant le président, en réalité, est Sliman Bouchiguir, comme indiqué sur le site de la LLDH. (1)

Alors « porte parole » quand même ? Hé bien, depuis peu alors car il s'agit de la seule intervention que ce monsieur a réalisé à propos de droits de l'homme. Sur le site de la LLDH, il n'y a aucun autre document signé par lui, juste une interview vidéo de lui. Et le pire, c'est que le site ne reprend nulle part l'affirmation de ces "6000 morts". Dans Wikipédia, il n'y a qu'une seule ligne à son propos où là aussi : il est « porte-parole ». Courte biographie créée le 3 mars, au lendemain de sa déclaration ! (2)

Mais Ali Zeidan n'est pas seulement le récent porte-parole de la LLDH, il est aussi celui du Comité Nationale de Transition (CNT) en Europe, l'opposition libyenne reconnue légitime par l'État français. Ce monsieur est donc à la fois juge et partie.

S'il s'est improvisé défenseur des droits de l'homme, il ne s'agit pas de son unique spécialité. Le 23 mars à Paris, devant les invités de marque conviés par Bernard Henri Levy, il a promis concernant le pétrole : "les contrats signés seront respectés", mais qu'un futur pouvoir "prendra en considération les nations qui nous ont aidés" (3). Porte-parole de quoi là ?

Mais si c'est pour remplacer Kadhafi ou pour éviter un « bain de sang » ?

Ainsi, le chiffre non confirmé par l'ONU, ni Amnesty International a conduit à une compréhensible indignation internationale et a précipité la Libye dans une guerre dont le but non avoué est de se débarrasser de Kadhafi.

Pourtant selon l'ONU, qui sert également à légitimer l'attaque, il s'agit de protéger les civils. Mais quand on désarme une partie du pays pour en armer une autre, est-ce cela protéger les civils ? Que feront les insurgés quand ils seront entrés dans Tripoli ? Comment se comporteront-ils devant les Libyens qui sont en faveur de leur « guide » ? Qui protégera les civils ? A combien se porteront les victimes ?

Non seulement, Ali Zeidan a trouvé une vocation tardive pour les droits de l'homme. Mais d'autres membres du CNT faisaient, eux, partie du régime de Kadhafi. Leur président est l'ancien ministre de la Justice Mustafa Abdel Jalil, nommé à ce poste notamment parce qu'il appartient à la même tribu que la femme de Mouammar Kadhafi. « Il connaît très bien sa famille. La femme de Kadhafi a dit à son fils, Saïf al-Islam, qu'il fallait le nommer ministre. C'est ce qui est arrivé », selon ... le président de la LLDH (le vrai). Cet opposant ressemble plus à un rival opportuniste qu'à un « libérateur » du peuple libyen, à moins que lui aussi ce soit trouvé une vocation démocratique après tout ce temps au service de la dictature.

Si cette coalition prend la place de Kadhafi, les Libyens risquent de ne pas connaître la démocratie. Le temps sera-t-il venu d'entamer leur « printemps arabe » ?

1 - http://www.fidh.org/Repression-sanglante-en-Libye
2 - http://fr.wikipedia.org/wiki/Ali_Zeidan
3 - AFP

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